WBC 2018

Parmi la diversité de la production des jeux de société, il est un type qui tombe en désuétude : le wargame. A son apogée dans les années 80, de nombreux éditeurs spécialisés dans ce type de jeu ont fait faillite. Et de ce fait, aujourd’hui, peu se risquent sur ce marché.

Dans les années 80, l’éditeur Avalon Hill est à son apogée. Spécialisée dans le wargame et le jeu de stratégie, elle permet aux joueurs de rejouer l’histoire. Et sa production et son succès est tel qu’elle organise sa propre convention, une fois par an, AvalonCon, qui sera remplacée par la WBC (World Boardgaming Championship) en 1991. Et c’est donc de la WBC que nous allons parler dans cet article. 

D’abord le lieu…. Dans un premier temps organisée à Lancaster, en Pennsylvanie, elle se déroule maintenant à Seven Springs, en Pennsylvanie (toujours), dans un complexe montagnard qui souhaite rentabiliser son espace pendant la saison chaude (i.e. sans neige). L’ensemble (ou presque) du complexe est envahi par des joueurs et des joueuses! Ce complexe est perdu au milieu de nulle part, et ravitaillé par les corbeaux. Donc tous les participants sont là pour jouer car il n’y a rien d’autre à faire! C’est aussi la raison pour laquelle la plupart des participants résident sur place. Chambres d’hotels, cabines dans les bois, petits cottages, le omplexe est complet pendant toute la durée du festival.

Ensuite, le prix… Puisqu’ils sont américains, l’évènement est forcément mondial, même si en pratique, les joueurs sont américains ou canadiens. Cela dit, l’évènement est ouvert à tout le monde (la preuve puisque nous avons pu participer). La seule condition est d’adhérer à l’association BPA, et de payer le droit d’entrée à la convention. Ce droit d’entrée est pour chaque jour de convention, avec des réductions pour ceusses et celles qui restent sur la totalité du festival. Bien entendu, les tarifs sont préférentiels lorsqu’on s’inscrit en avance de phase. Pour mieux préparer sa venue, la liste des préinscrits est disponible sur le site. Ainsi, il est possible de voir si nos vieilles connaissances des années précédentes sont présentes et prévoir avec elles quels tournois prévoir. Et comme ils sont bien organisés, chaque participant doit présenter son badge (avec photo) dès qu’il arrive dans une partie dédiée à la WBC. C’est la raison pour laquelle des pochettes tour de cou sont disponibles, qui permettent d’avoir son badge systématiquement sur soi et de le présenter à chaque passage. Alors oui, nous sommes ridicules avec cette pochette bleue autour du cou. Mais comme tout le monde (ou presque) la porte, le ridicule disparait vite!

Les participants… Vu la typologie des jeux (wargames), on s’attend à voir surtout des vieux bonhommes, anciens militaires, en chemises à fleur. On n’a pas tort. Beaucoup de participants ressemblent à ce cliché. Et comme nous sommes aux USA, une bonne partie des participant.e.s est également obèse en surpoids. Et ces 2 caractéristiques ne sont pas incompatibles, hein…. Mais parmi ces nostalgiques des combats, on trouve également beaucoup de familles, avec des enfants à partir de 6 ou 7 ans, des ados, etc. L’avantage, c’est que le resort propose des activités extra ludiques (luge d’été, piscine, spa, balades dans la montagne), ce qui fait que même si certains membres de la famille ne sont pas joueurs, ils peuvent quand même s’amuser et prendre du bon temps (des vacances, quoi).

La convention… La convention présente différents aspects. D’abord, le plus evident, les tournois. Dans son nom, on parle de « championship », et en effet, il y a des tournois. Ensuite, il y a la bourse aux jeux et la vente aux enchères. Pour combler les trous de l’emploi du temps, il y a bien sur la « banque de jeux », et enfin, il y a quelques conférences.

La vente aux enchères/la bourse aux jeux Ceux et celles qui le souhaitent peuvent amener leurs jeux d’occasion (ou neufs sous blister) à la vente aux enchères et à la bourse aux jeux, selon le prix que vous espérez tirer de votre jeu. C’est l’occasion de trouver de très vieux jeux plus édités (wargame ou non), et parfois des perles ludiques comme ce « Bureaucracy », ou comment mettre en valeur l’inaction des services publics (dans les années 70/80, le politiquement correct était moins présent…)!

Ces 2 évènements se passent en parallèle, le même jour au même endroit. La bourse aux jeux demande que le prix soit fixé à l’avance et ce prix n’est pas négociable, puisque le vendeur n’est pas présent. La particularité, c’est que le vendeur fixe un prix pour l’ouverture de la bourse, un prix pour 11H et un prix pour 13H. A partir de 8h (en vrai, les premiers seraient arrivés à 5h30 du matin), les gens sont assis par ordre d’arrivée pour permettre une entrée en ordre dans la bourse aux jeux. Les jeux sont répartis sur des tables, plus ou moins regroupés par thème ou par n’importe quel mécanique qui est passée par la tête des organisateurs. A 9h pile, c’est l’ouverture et un peu la ruée vers l’or, la course en moins. Car comme dans tous les évènements américains, courir n’est pas bien vu (et souvenez vous, nous avons affaire à des gens plutôt agés). Les visiteurs attrapent les jeux qui les intéressent avant de passer à la caisse. Bien entendu, on peut examiner l’extérieur des boites à loisir, mais les jeux sont achetés en l’état et l’ouverture de boite doit rester exceptionnelle. Chaque jeu a son étiquette remplie par le vendeur, indiquant le nom du jeu, son état, ses prix et toute autre information que le vendeur souhaite indiquer (par exemple, si la boite contient des objets promotionnels). L’entrée de la bourse à 9h est très prisée car c’est à ce moment qu’on trouvera des perles rares à un prix maximum de 30$. La bourse reste ouverte jusqu’à 10h55 et chacun peut se balader, admirer, réfléchir et attendre… Car à 10h55, les derniers trainards sont évacués, les tables réorganisées. A 11h, on laisse à nouveau entrer les visiteurs. Mais les prix des jeux ont baissé, comme indiqué sur leur fiche. Ce qui implique que réfléchir est vraiment important : est ce que je paie plus cher ou est ce que j’attends pour payer moins, avec le risque que quelqu’un l’achete avant moi? C’est un ballet très intéressant : la table juste avant la caisse est remplie au fur et à mesure par les participants qui décident au dernier moment de ne pas acheter un jeu. J’ai vu hier un heureux passant trouver « sa » perle rare, sous les yeux d’un vétéran qui espérait pouvoir l’acheter à 11h à un prix moindre (et qui espérait secrètement que personne ne le verrait parmi la foultitude d’autres jeux de cette table sans thème et sans rangement).

Si le vendeur estime que son jeu peut dépasser les 30$, alors il va plutôt s’orienter sur la vente aux enchères. Nous sommes aux USA, donc tous les moyens sont bons pour gagner de l’argent pour la convention (cela dit, je n’imagine pas le prix de la location du resort), de manière à être rentable. Il y a donc une comission sur chaque jeu vendu (aux enchères ou à la bourse). Et il y a un forfait de 1$ pour pouvoir enchérir. Pour la modique somme de 1$, vous devenez possesseur d’un magnifique numéro à brandir quand vous souhaitez entrer dans l’enchère! Après, le fonctionnement est une vente aux enchères classique : le commissaire priseur fait évoluer les prix, d’abord de 1 en 1 tant qu’il y a des bras levés. Arrivé aux alentours de 20$, le palier passe de 2 en 2, etc. Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus qu’un seul numéro en l’air. L’annonce « prix once; prix twice; sold to » conclut la vente et les informations sont notées sur le papier (pour permettre de payer les vendeurs à l’issue de la journée). La bataille fait parfois rage (surtout pour les derniers objets de la vente, qui sont les plus rares, et souvent des jeux en édition limitée), la vente pouvant dépasser allègrement les 100 ou 150$. Le dernier objet de la vente sera toujours le lot n° 13. Cette année, il est parti pour 500$. Les plus assidus pourront préparer leur venue à l’aide du fichier mis à disposition par les organisateurs sur le site. Participer à une vente aux enchères est assez amusant, en particulier celle ci qui est beaucoup plus cool que celles auxquelles j’ai pu assister en France. Ici, tout le monde enchérit au vu et au su de tous en levant son numéro bien haut. En France, l’enchère se fait souvent discrète, de manière à ce que les enchérisseurs ne sachent pas qui est leur adversaire (je suppose). Je rappelle que nous sommes dans une convention de jeux de société et les participants viennent avec un état d’esprit bon enfant. 

La banque de jeux permet d’emprunter des jeux pour jouer dans la grande salle. Le principe est le même que partout : emprunter un jeu, le tester et le remettre. Bien entendu, il est interdit de faire sortir les jeux de cette grande salle, et il est demandé à chacun d’être responsable et de ranger son jeu dans la bonne section (classement alphabetique). Et ça marche. Il y a peu de jeux mal placés ou mal remis à leur place. Bien sur, il est possible d’apporter ses propres jeux dans cette salle et d’inviter d’autres porteurs de pochette bleue à jouer avec nous. Et c’est facilité par la mise à disposition de « kiosques » de couleurs différentes selon la typologie de joueurs recherchés. Un kiosque rouge indique qu’on cherche des joueurs expérimentés dans ce jeu, et que les règles ne seront pas expliquées. Un kiosque jaune que les débutants sont acceptés et que les règles leur seront expliquées. Un kiosque vert indique que personne ne connait les règles et qu’il sera possible d’apprendre tous ensemble. Cela permet de nouer le contact avec les joueurs esseulés, et ca mériterait une adaptation aux festivals français.

Un joueur à la recherche de participants expérimentés pour Eminent Domain

Les conférences permettent de développer sur certains sujets. Par exemple, le designer de Britannia a fait une conférence sur la manière de créer des jeux. Une autre conférence avait lieu pour aider les débutants à maitriser le jeu « Werewolf » (gestion des jours et des nuits, orientation des discussions, etc.). Mais cette partie reste très anecdotique. 

Lewis Pulsifer, auteur (designer) de Britannia

Les boutiques sont présentes, comme pour tout convention. Cela dit, vu la durée du festival, elles ne sont présentes que sur la fin de la convention, du jeudi au samedi. On y trouve des vendeurs de jeux modernes, des vendeurs spécialisés dans le wargame, et quelques vendeurs de tshirts… Les prix sont un peu gonflés aussi, mais moins qu’à la Gencon!

Les tournois sont le coeur de la convention. Chaque jeu peut avoir son propre tournoi. L’essentiel est qu’une personne se propose pour la gestion de ce tournoi. Sans Game Master (GM), aucun tournoi et donc aucune convention à Seven Springs. Le rôle du GM est multiple. En amont, il organise les modalités du tournoi : rondes suisses, éliminations directes, autre forme de sélection. Au moment de la convention, il doit assurer les démos, il prend toutes les inscriptions, il s’occupe de centraliser les scores, de résoudre les litiges, préparer le tableau final et globalement gérer le tournoi pour que tout se passe bien pour les joueurs. Enfin, il donne tous les résultats aux organisateurs de la WBC pour inscription dans les archives et remise des trophées.

La participation aux tournois est gratuite, il est juste indispensable de s’assurer que les différents tournois auxquels on participe n’entrent pas en collision. Et nous sommes aux USA, donc tout est écrit pour éviter les litiges, comme le fait de partir en milieu de partie vous disqualifie de base et peut amener à une exclusion de la WBC. De la même manière, il est interdit de critiquer la lenteur des joueurs, et d’exercer des pressions pour les faire accélerer. Au moment de la récupération du badge, chaque participant reçoit un livret avec la liste complète des tournois, organisée d’abord en calendrier. Pour ceux qui cherchent un jeu en particullier, une deuxième liste par jeu est insérée à la fin du livret. Dans cette liste sont précisés le nom du GM, les jours de sélection, de demi finales, de finales, les modalités du tournoi et les prix pour les vainqueurs. La lecture de ce livret demande un certain apprentissage, car tout est codé et parfois cryptique. Mais après une ou deux lectures, relectures et questions au staff d’organisation, ce n’est pas si difficile! 🙂

Donc, pour participer à un tournoi, il suffit de se présenter à une des sélections et de présenter son badge. Attention, la plupart des tournois sont « Class A or B », ce qui implique qu’aucun rappel des règles n’est fait avant le début des jeux. Il faut connaitre les règles et/ou avoir fait une partie avant. Bien sur, c’est basé sur la bonne foi et tout le monde le respecte de manière à ne pas gacher le plaisir des autres joueurs. Et si d’aventure vous ne connaissez pas les règles, une (ou deux) demo sont organisée(s). Une demo est une heure avec le GM (programmée) pendant laquelle il détaille toutes les règles du jeu, et en fonction de l’affuence, propose de faire un ou deux tours de jeu. Je trouve ce système très intéressant car il permet de découvrir des jeux de manière facile!

Quels sont les jeux en tournois? Avec une centaine de jeux, il y a moyen de trouver son bonheur. Des classiques « récents » comme 7Wonders, 7Wonders Duel, Roll for the Galaxy, Rebellion, des classiques « anciens », comme « Can’t stop », des jeux introuvables comme « Age of Renaissance » ou « Britannia » et bien sur du wargame… Et qu’est ce qu’on y gagne?? La plupart des tournois offrent aux premiers une plaque commémorative. Parfois, ce sont les 4 premiers, parfois, uniquement les 2 premiers… Bref, tout dépend du GM. Parfois, et à nouveau, cela dépend du GM, il y a d’autres récompenses. Par exemple, à Britannia, le joueur ayant fait le plus de point avec un peuple aura une plaque commémorative. Alors bien sûr, les enfants de moins de 12 ans peuvent être désavantagés sur certains jeux. Donc un tournoi spécifique pour eux est organisé. 

Le nombre de participants à chaque tournoi peut être assez conséquent (je me souviens l’an passé pour le tournoi de Love Letter, que le GM attendait 32 personnes et il en a eu autour de 75….). Comment gérer le nombre de copies nécessaires pour la réalisation du tournoi? En demandant en participants d’amener leur propre copie! Et ils acceptent car cela leur donne un ticket d’entrée automatique dans le tournoi (si jamais certaines personnes sont refusées à cause de l’affluence, alors les propriétaires des jeux sont prioritaires). L’affectation à la table de jeux se fait la plupart du temps à l’aide d’un jeu de cartes. Chaque table a une carte affectée (As, Roi, Dame, etc.) et les participants du tournoi tirent une carte au sort dans le paquet. Toutes les personnes ayant tiré la même valeur de carte jouent ensemble. Ce système de répartition est à la fois simple, rapide et extrèment efficace!

Les trophées à gagner

Pourquoi venir à la WBC? Pour passer des vacances familiales à un rythme plutôt cool, avec du jeu de société à toute heure ou presque, et des activités à coté pour contenter tout le monde! Comme ils le disent dans le programme de la convention, le pass Aventure est un bon moyen de s’occuper pendant que papa est en train de jouer. 🙂

Nos recommandations pour une bonne convention :

  • Réserver sa chambre dans le resort. Certes, c’est plus cher et ravitaillé par les corbeaux, mais le fait d’être sur place et de pouvoir aller et venir à votre guise
  • Faire des courses, car la chambre a un petit frigo qui permet de stocker un peu de nourriture et d’éviter d’aller au resto tout le temps. Les USA sont moins chers, mais au coeur de la montagne avec un client globalement captif, les prix sont clairement gonflés
  • Etudier le programme en avance de phase pour planifier les tournois. Et savoir quand arriver et quand partir

Le lien vers toutes les photos : ICI