Spiel Essen 2019

Le dernier week end d’octobre, du 24 au 27 octobre 2019, à Essen, en Allemagne, s’est déroulé le « International Spieltage ». Le Messe de Essen se transforme pendant 4 jours en gigantesque terrain de jeux. Tous les éditeurs, grands et petits, se retrouvent pour faire découvrir leurs nouveautés.

Coté pratique, le festival se répartit dans 80 000 m², et 7 halls différents. En 2018, le festival a accueilli plus de 1 150 exposants venant de 50 pays différents. C’est LE moment de l’année pour la sortie des nouveautés pour chaque éditeur. En effet, c’est le début de la saison de Noël (en vérité, pour les boutiques, c’est même presque trop tard. Si elle n’est pas encore au courant de la sortie, et n’a pas fait de précommande, il y a peu de chances qu’elle réussisse à avoir du stock pour Noël) et les joueurs peuvent ainsi préparer leur liste.

Cette année, les exposants ont annoncé plus de 1500 sorties pour le festival Cela va de l’extension de 3 cartes au gros jeu de 12 heures… Comme ce festival existe depuis plus de 30 ans, les choses sont bien organisées (en plus, ce sont des Allemands qui organisent, donc c’est forcément carré!). Donc, le plan du festival est publié sur leur site en avance de phase, et la plupart des sites de références publient des listes des nouveautés à tester en priorité. Par exemple, Ludigaume avait préparé sa « wish list de jeux à tester« .
Sur BoardGameGeek, chaque geek a sa propre liste, et BGG propose, pour une meilleure lisibilité, de les regrouper ICI.
BGG, c’est aussi la liste des nouveautés. Vu le nombre de sorties, il est impossible de tester tous les nouveaux jeux. Donc une préparation est indispensable !
Entre nouveaux jeux et bonnes affaires, certains visiteurs sont là uniquement pour la chasse à la dédicace. Les auteurs plus ou moins connus ainsi que les illustrateurs ne boudent pas leur plaisir de venir rencontrer leur public et dédicacer leurs jeux (nouveaux ou non). La liste complète des interventions est disponible sur le site du Spiel.

Pauline Berdal en dédicace

C’est l’occasion aussi pour les acheteurs de trouver des jeux qui ne sortiront pas en version francaise et donc d’avoir des jeux exclusifs. Et à des tarifs spéciaux. Tous les éditeurs proposent en effet des tarifs exceptionnels sur ce type de festival. Au grand desespoir des boutiques, car elles y voient une concurrence un peu déloyale. Soyons honnetes, pour que ce soit une vraie concurrence, il faudrait qu’Essen soit plus proche de France et que les moyens d’accès soient faciles en voiture. Si les joueurs achetent vraiment à bas prix, le jeu prend de la place et du poids. S’il est venu en avion, la limite de poids est vite atteinte. S’il est venu en train, il faut pouvoir transporter sa valise et la monter dans le wagon…
En plus, les jeux ne sont pas en français, pour la plupart. Donc, à moins de venir en voiture, le joueur va se restreindre aux jeux exceptionnels qu’il est sur de ne jamais retrouver en France. Toutefois, depuis 3 ans, le salon propose un service d’envoi de colis, pour éviter de transporter tous vos achats à bout de bras dans le train (ou payer des excédents de bagages phénoménaux). Vous avez des informations (en anglais) sur ce site. Attention, ce service est très populaire (surtout en fin de festival), donc soyez patients!
De plus, cette année, nous avons pu constater une diminution des boutiques de « bonnes affaires ». Alors oui, ca reste intéressant sur beaucoup de jeux, mais il n’y a plus d’excellentes affaires (comme un Splendor à 5€ ou un Arkham Horror à 15€), ou s’il y en a, nous ne les avons pas vues.

La réouverture de la 3ème entrée a « soulagé » fortement les halls 1 et 3, qui sont historiquement les plus peuplés. Cela a ouvert la visibilité sur ces halls souvent boudés du grand public, qui est venu jouer aux dernières sorties des gros éditeurs.
Le salon s’articule autour des halls 1 et 3, où l’on retrouve donc les éditeurs les plus connus d’Europe. On peut y découvrir les classiques de chacun, mais surtout les jeux sortis spécialement pour le salon ou encore les jeux qui arriveront bientôt (en Kickstarter ou non). Le Hall 2 regroupe les éditeurs de taille moyenne un peu moins connus, ainsi que les accessoiristes (dés, protèges cartes, tables aux prix conséquents et autres accessoires très prisés du joueur moderne). Ces 3 halls sont très remplis, avec moquette sur la plupart des stands, beaucoup d’animateurs, et une décoration foisonnante.
Les halls 4, 5 et 6 sont moins « glamours », et attirent historiquement moins de visiteurs, puisque les entrées se faisaient sur les halls 1 et 3. La nouvelle entrée donne directement dans le hall 7, à l’opposé des 2 autres entrées (d’ailleurs, si vous venez en métro, descendez à l’ultime station de la ligne).
Les halls 4, 5 et 6 sont remplis avec les stands de merchandising annexe (vêtements, bijoux et autres accessoires), les comics, le peu de bande dessinée qui reste, et les « petits » editeurs européens ou mondiaux. Nous avons d’ailleurs constaté un regroupement de ces petits éditeurs venus d’ailleurs. En y regardant de plus près, le prix d’un stand doit être dégressif selon la taille réservée. Or, si plusieurs éditeurs s’accordent et se regroupent, ils peuvent réserver un espace plus grand pour un tarif individuel moindre ! C’est ainsi qu’un village coréen, un village taïwanais et un village français ont vu le jour (entre autres, ce sont surtout ceux que j’ai pu repérer) ! Pour les visiteurs, cela permet aussi de se repérer plus facilement. Cette nouvelle entrée a apporté une bouffée d’air frais aux halls surpeuplés 1 et 3, car les visiteurs entrants par le hall 7 se sont attardés dans ces halls moins fréquentés et ont découverts des futures pépites !

Essen, c’est aussi des évènements aléatoires pour les éditeurs. Entre les problèmes de douanes, ou de livraison, il arrive que certains stands soient très austères ! Autre aléa, depuis 2 ou 3 ans, les vols sur les stands editeurs. Puisqu’ils sont autorisés à vendre et que le cash est privilégié en Allemagne, les caisses sont souvent bien remplies. Tout a vraiment commencé en 2016. Ludicreations s’est fait voler la recette du festival et a lancé une campagne Kickstarter avec un jeu à 2€ sur une carte postale, pour essayer de compenser leurs pertes. La campagne fut un succès, mais n’a pas servi de leçon puisque les années suivantes, d’autres éditeurs ont été victimes. Toutefois, les organisateurs d’Essen ont du mettre en place des solutions car je n’ai pas entendu de rumeurs de vols cette année. En tout cas, chapeau bas à Ludicreations, qui a rebondi. Après le succès de leur campagne KS, ils ont lancé un escape game sur le festival d’Essen, dans lequel vous devez tenter de voler un jeu bien gardé! 🙂

Nos conseils pour un Essen réussi :

  • Réserver un hébergement très tot. Aux environs du mois de février ou mars. C’est un évènement TRES attendu par la communauté, donc les hébergements se remplissent vite. D’autant que vu le nombre d’exposants (et le nombre de personnes par équipe), les hotels et autres hébergements sont pris d’assaut d’une année sur l’autre, dès que les dates sont officielles. Traditionellement, c’est le dernier week end d’octobre, mais il est préférable d’attendre confirmation avant de réserver son dodo
  • Acheter ses billets à l’avance. Bien qu’il y ait 3 entrées, l’une d’entre elles est réservée aux billets prépayés. Cela vous évitera de longues queues avant de pouvoir accéder aux tables
  • Prévoir de marcher beaucoup. Et longtemps. Donc des chaussures confortables, une bouteille d’eau et un itinéraire qui prévoit des pauses fréquentes
  • En cas d’achat, prévoir du cash. Meme si les éditeurs peuvent maintenant prendre la carte (avec des systèmes comme SumUp…) la culture allemande préfère le cash. Cela dit, il y a maintenant 4 distributeurs au Messe, donc les files d’attente devraient être moins longue. Nous recommandons de retirer son argent en centre ville AVANT d’aller au salon
  • Privilégier les transports en commun, car le parking du Messe n’est pas extensible et est payant, et il y a peu de places dans les rues autour du Messe
  • Il y a quelques stands vendant des currywurst (institutions pour les habitués d’Essen), mais si vous voulez manger plus sainement, prévoyez votre gamelle dans votre sac à dos. Attention, il n’y a pas d’espace pour manger, et tout le monde s’installe où il peut. Toutefois, depuis la réouverture de l’entrée Sud, le hall 7 et le hall d’entrée permettent d’avoir plus d’espace pour s’installer. Certes, c’est sans table ni chaise, mais au moins, ce n’est pas dans une allée! 🙂
  • Etre patient. Il y a BEAUCOUP de visiteurs et vouloir tester un jeu est parfois compliqué, surtout s’il est attendu par toute la communauté. Certains éditeurs vous proposent de réserver une place, mais c’est valable pour les gros jeux
  • Parler anglais ! La plupart des stands proposent des explications de jeux en Allemand (logique) et en anglais, car le salon est international. A part les éditeurs francais, personne ne vous proposera l’explication en francais. Et entre nous, pourquoi aller à Essen si c’est pour ne faire que les stands des éditeurs francais?
  • Si vous venez jusqu’à Essen en voiture, pensez à commander votre vignette « Umweltzone« . Difficile à avoir en France, vous pourrez toujours l’acheter sur place dans un garage « TüV » agréé. Toutefois la vignette étant valable à vie, autant la commander à l’avance une fois pour toutes. La vignette est la même pour toutes les villes allemandes, mais certaines restreignent l’accès à certaines couleurs. Pensez à vérifier !

Le festival d’Essen décerne un prix, à un jeu aux mécaniques innovantes. En 2018, c’est Cool Runnings (une réédition du jeu Ice 3, prononcé Ice Cube) qui avait obtenu le prix, de part son matériel innovant (de vrais cubes de glaces !). Cette année, c’est « Ab durch die mauer » de Jürgen Adams et édité Zoch Verlag qui remporte ce prix. Incarnant des fantômes qui veulent se déguiser, les joueurs doivent traverser les murs pour récupérer les bons accessoires. Le fait que les éléments sont manipulés à l’aide de tirettes situées sous le jeu donnent l’impression que les fantômes passent vraiment à travers les murs. Nous ne savons pas si une version française est prévue.

Voici les jeux que nous avons pu tester, ainsi que nos ressentis, comme toujours :
Erune : Jeu de rôle géré par une intelligence artificielle de type « Alexa » ou « Ok Google ». Vous êtes des aventuriers et vous partez explorer un donjon en équipe pour amasser le plus de trésors. Un jeu de rôle classique, en somme, mais sans Maitre de Jeu puisque c’est la petite enceinte qui va gérer tout cela pour vous ! Nous avons adoré le concept, à voir ce que donnera la campagne de financement participatif prévue début 2020. Plus d’infos sur le site des rouennais.


Castello Mehoni : Jeu de Leo Colovini, une star en Italie. Il s’agit d’un revamp de son jeu Masons (même si je trouve que nous sommes loin de la version initiale, puisque la moitié des mécaniques a disparu). Soyons clairs, nous n’avons pas aimé la version à laquelle nous avons joué en lisant les règles (en anglais). En repassant sur le stand le lendemain, nous avons constaté que les règles semblaient différentes (la banque contenait de l’argent alors que dans notre partie, elle a été vite à sec). Donc impossible de se faire un avis car nous n’avons pas pu avoir les explications par les animateurs (trop de monde) et nous soupçonnons une erreur dans la traduction des règles coréennes…
Ce qui renvoie à un problème récurrent constaté de plus en plus souvent : les règles sont mal écrites, contre intuitives et souvent peu claires. Cela fera surement l’objet d’une chronique un jour…


Palm Reader : Jeu de Andrew Cedotal et Jonathan Bittner, chez Sit Down. Jeu coopératif basé sur la mécanique du « téléphone arabe ». Le premier joueur tire un symbole au hasard, à dessiner dans la paume de la main de son voisin. Et ainsi de suite jusqu’à ce que le dessin ait fait le tour de la table. On révèle alors la carte et chacun vote pour identifier le dessin qu’il pense etre le bon. L’équipe marque autant de points que de personnes jusqu’où le motif a été bien dessiné. Le jeu ne paie pas de mine, mais nous avons bien ri à faire ces dessins et comprendre que le ressenti n’a rien à voir avec ce qu’on voit! Excellent jeu apéro non vulgaire, à jouer toutefois avec des gens que l’on connait un peu, car dessiner dans la main d’un inconnu peut être intimidant !


Murder and Friends : Un nouvel éditeur (Olibrius) qui nous vient tout droit de Dijon, remet au goût du jour la « Murder Party ». Asmodée avait lancé dans les années 90 des boites « clés en main » pour finalement arrêter le concept. Kosmos se relance dans le créneau en Allemagne (à priori, pas de traductions prévues à ce jour), et donc ce petit nouveau propose une boite avec 2 scénarios pour 8 à 11 joueurs. L’avantage, c’est que même l’organisateur devient joueur à part entière (ce qui n’était pas le cas dans les boites Asmodée) et adapte légèrement le concept pour alléger le coté « role play » du jeu. Pour rappel, vous allez incarner (c’est à dire faire vivre) un personnage, qui a ses objectifs, ses capacités spéciales et qui peut être le coupable! Il est indispensable d’accepter de se mettre en scène pour participer à ce genre de loisirs. Mais même si on est d’accord sur le principe, c’est parfois difficile d’intégrer le jeu. C’est le rôle du Maitre de Jeu de faire participer tout le monde et s’assurer que l’histoire se déroule bien. Donc en supprimant ce rôle, Olibrius a mis en place des mécanismes pour permettre à tous les joueurs de participer. Cela passe par des cartes et de la résolution d’énigmes.
Une 3ème aventure est actuellement en cours de réalisation, dans les mains de M. Germain de Tric Trac… Miam !

303 Squadron : Evidemment, nous avons fait un tour du coté des wargames sur le stand d’Ares (des italiens ayant « Wings of Glory » dans leur catalogue). L’auteur de 303 Squadron nous a expliqué les mécanismes derrière son jeu. Un peu d’histoire : l‘escadron 303 est un escadron de pilotes de chasse polonais qui ont combattu au coté de la Royal Air Force pendant la 2nde guerre mondiale. Le jeu met en scène ces pilotes. Il s’agit donc d’un jeu coopératif, à scénarios tirés au sort au début de chaque partie. Les escadrons allemands qui veulent bomber des sites stratégiques sont bougés par le jeu, de manière automatique. Les actions sont gérées par des cartes, qui permettent plusieurs choses selon les icones utilisées. Une partie dure en théorie moins de 2 heures, ce qui en fait un wargame « léger ». Le jeu sera en kickstarter très prochainement, porté par la société hobbity.eu. Nous avons rencontré l’auteur Michał Kohmann, qui nous a expliqué le jeu… Soyons clairs, c’est formidable qu’un auteur explique son jeu, puisqu’il le connait par coeur et connait toutes les mécaniques. MAIS… il est indispensable que les auteurs apprennent à pitcher et expliquer leur jeu. L’explication a duré environ 45mn, et le but du jeu nous a été révélé au bout de 20mn d’explications… Le tour de jeu est arrivé aux alentours de la 35ème minute. Nous aurions aimé tester quelques tours, malheureusement, le temps nous a manqué et surtout, nous avons été noyés sous les informations, ce qui nous a dissuadés de rester pour tester le jeu… 🙂

Informations pratiques :
Dates :
22 au 25 octobre 2020. Jeudi, Vendredi, Samedi 10h00-19h00; Dimanche 10h00-18h00
Tarif : A confirmer à la mise en vente des tickets en août 2020

Toutes les photos du festival par notre équipe sont ICI. Certaines photos montrent la conférence de presse, ainsi que l’ambiance du mercredi, avec la finalisation de l’installation des stands, l’arrivée des dernières palettes, la mise en place des décos, etc… C’est une ambiance très particulière car on sent la pression arriver, mais tout est encore tellement calme! 🙂

Plus d’informations sur Spieltage sur le site du festival.