Les 24h du jeu de Chateauroux 2019

Un compte-rendu un peu particulier pour ces 24h du jeu à Chateauroux, car nous n’avons pas vraiment profité du festival. En effet, nous étions invités en tant que jurés de la « Protozone ».
Pour sa 13ème édition, l’association « 24H du Jeu » (qui gère reprend l’organisation en 2019, à la suite de l’association « Jouons à Chateauroux ») a accueilli plus de 800 joueurs dans la salle Barbillat-Touraine, les 8 et 9 juin dernier. Situons un peu : Chateauroux, c’est dans l’Indre, Région Centre Val de Loire, entre Tours, Poitiers, Clermont-Ferrand et Bourges.

Le festival se déroule en non-stop du samedi 14h au dimanche 16h, dans une salle proche d’un parc sur les bords de l’Indre. C’est important car lorsqu’on veut prendre l’air après avoir joué des heures durant, le décor est magnifique et calme! 🙂
C’est un festival familial qui se veut accessible à tous et qui représente une rencontre entre joueurs passionnés et novices. C’est la raison pour laquelle l’entrée est gratuite.
C’est aussi un marathon avec des lots pour les plus endurants. En effet, chaque heure, une cloche résonne et les joueurs encore éveillés vont faire tamponner leur passeport. A la fin des 24h, des lots sont remis (sur tirage au sort) pour les passeports les plus tamponnés.
L’idée est originale (j’avais vu la même mécanique aux « 24H Cholet Jeux » lors de ma participation en tant que bénévole en 2015) et permet de motiver les gens à rester toute la nuit. Bon, compliqué à faire en famille, mais pour des gamers, le challenge est amusant!

Entre tournois et jeux en libre accès (avec ludothèque gratuite et animateurs pour expliquer les règles), il y a de nombreuses possibilités de découvertes. Et depuis 2 ans, ce festival propose également une « protozone » avec un concours et des prix à la clé. Pour rappel, une protozone, c’est une zone réservée aux prototypes de jeux, ces jeux qui ne sont pas encore édités et que les auteurs présentent en espérant plaire à un éditeur, justement.
Le festival de Chateauroux prévoit 2 récompenses : le prix du public, décerné par les visiteurs ayant voté pour leur prototype préféré, et un prix du jury, décerné par des professionnels et des habitués du monde ludique.

Seb, sélectionné en 2017 aux Jeux de Demain pour son jeu Orbit, nous avait donc invités en tant que jurés, au titre de « organisateurs de la zone Jeux de Demain de Paris est Ludique », ainsi que 4 autres personnes :
GeekLette, du site du même nom
Chris de OkaLuda, éditeur de Samsara et Poule-Poule (entre autres)
Pierre Buty, auteur du jeu Cerbère (entre autres)
Pascal de Robin Red Games, éditeur de Hanafuda KoiKoi et Trut (entre autres)
Une superbe équipe, merci Seb (et tous les organisateurs du festival !)
Et comme nous avions une mission, je n’ai pas pu prendre de photos du festival! Je ferai mieux la prochaine fois 😉

Répartis en 2 équipes, nous avions pour mission de tester 4 jeux le premier jour, en sélectionner 2 et tester les 2 jeux préférés de l’autre équipe le 2ème jour. A l’issue de tous ces tests, nous devions délibérer à 6 pour choisir ZE gagnant ultime, celui (ou celle) qui recevra un pass pour le protoLab du FIJ 2020. Je dois dire que ce rôle de juré est particulièrement éprouvant et différent de la sélection de prototypes sur règles.
Donc, sur les 8 jeux en compétition, je n’en ai testé que 6 et j’ai du faire mon choix parmi ces 6. Et c’est là que c’est compliqué. Lors de la sélection des Jeux de Demain, tout se joue sur la règle (et éventuellement les photos pour départager), et l’innovation, le potentiel qu’on sent dans le jeu.
Ici, que doit noter le juré? La (re)jouabilité, l’innovation, la mécanique, les graphismes, la possibilité d’éditer le jeu? De plus, l’avis se forge sur des règles expliquées par les auteurs (avec la possibilité d’omission que cela implique) et sur une partie Donc si la partie démarre mal à cause d’une configuration exceptionnelle qui n’arrive jamais sauf dans le cas de test par le jury, forcément, l’avis est biaisé !

Et puis, on est face à l’auteur, qui attend des retours constructifs… Et jouer au « méchant flic », c’est dur! Ce qui est paradoxal. La particularité des concours de protos, c’est la possibilité de discuter avec l’auteur du jeu. Qui ne demande que ca : avoir des retours sur son jeu. Toutefois, arrivé à ce stade de la création, il est souvent convaincu que la mécanique est bien huilée, et que le jeu tourne bien. Donc les critiques sont clivantes. Par exemple, « Vol de nuit » (jeu qui a gagné le prix du public, donc qui plait à priori), est un jeu coopératif. Sauf que mon ressenti pendant la partie a été catastrophique. Entre les cartes qui ne permettent pas de jouer en fonction de ce qui a été annoncé avant, et la mécanique qui induit un « lose-to-lose » (plus on perd, plus on perd vite), je ne prend aucun plaisir à faire une partie (ou retenter une partie dans le cas d’une défaite rapide). Les auteurs ont beau m’expliquer qu’avec le temps, on arrive à prévoir et à « lire » les cartes des autres joueurs (un peu à la « The Mind »), cette courbe de progression ne fonctionne que si on joue avec le même groupe de joueurs et de manière régulière. Bref, si on s’entraine…. Et là, on sort de la catégorie « familial » du jeu et on passe dans un jeu un peu plus expert. Du coup, ce jeu peut il avoir la récompense d’un jury?

Pour finir et après moults discussions, nous nous sommes mis d’accord pour récompenser « Rixododo » de Louis Tiersonnier. (edit : nous avons appris récemment que le jeu sera édité par Blue Orange… Comme quoi, nous avons fait le bon choix! ). Le choix fut compliqué car chaque personne avait ses préférences et il a fallu argumenter. Au final, ce n’est pas le jeu que chacun a préféré qui a gagné, mais bien celui qui correspond le plus à un jeu éditable, familial, et avec une mécanique assez innovante.

Si vous cherchez un festival familial, sans des heures de queue pour tester des jeux, avec des animateurs accessibles et accueillants, je vous recommande de venir faire un tour aux prochains 24h du jeu de Chateauroux les 6 et 7 juin 2020 !

Le site du festival ICI.
Les photos officielles du festival ICI (avec des bouts de moi encore…)