Cannes 2019

Comme chaque année, lors du dernier week end de février, à lieu à Cannes le FIJ : Festival International des Jeux. Evidemment moins médiatisé que le festival du film, ce salon est un moment incontournable de la vie des festivals français.

Comme je l’ai déjà expliqué lors de mes venues précédentes, cet évènement est à la fois un festival destiné au public, et également le moment de l’année où tous les professionels se retrouvent au même endroit. Chaque éditeur/distributeur francophone, et quelques éditeurs anglophones, est présent sur un stand de plus ou moins grande taille, avec l’ensemble de ses équipes (ou presque), et prévoient leurs sorties pour ce moment précis de l’année (l’autre évènement des sorties est en octobre, à Essen, la grand’ messe européenne). Des équipes spécifiques d’animateurs sont déployées pour l’occasion et les équipes commerciales sont mobilisées pour accueillir les boutiques spécialisées et leur présenter la gamme à venir. Les auteurs de jeux y voient l’occasion de rencontrer les éditeurs pour leur présenter leurs derniers prototypes, et éventuellement signer des contrats. 

Un peu d’histoire : Créé en 1986, cet évènement fait partie des plus anciennes manifestations françaises autour du jeu. A l’origine surtout axé brigde, belote et scrabble, le jeu de société moderne s’est fait la part belle dans les années 90s. La création du prix « As d’Or » en 1988 aide aussi à la promotion du jeu de société

110.000 visiteurs, 300 exposants, 300 auteurs et illustrateurs, 5000 professionnels, 30000 m2 d’expositions et 4 nuits du off pour 4000 entrées.
Ce salon est donc réparti sur l’ensemble du palais des festivals (30 000 m². Quel autre festival peut se vanter d’avoir autant d’espace couvert? Je rappelle que Parthenay est réparti dans la ville, donc à ciel ouvert), permet aux 300 exposants de faire découvrir leurs nouveautés aux quelques 110 000 visiteurs qui sont venus arpenter les allées.
Plus le temps passe, plus ce rendez vous devient gigantesque et c’est la raison pour laquelle le festival dure maintenant 3 jours complets pour le public, et une journée complète (le jeudi), permet aux professionnels (auteurs de jeu, gérants de boutiques spécialisées, ludothécaires…) de visiter le salon de manière plus calme et ainsi avoir des explications plus complètes (ou juste audibles) des nouveautés.

La journée pro se termine par la remise de l’As d’Or, le prix du festival. Enfin les prix, devrais je dire, puisqu’ils sont au nombre de 3 : Enfant, Famille, Expert.
Décerné par un jury d’experts qui se réunit tout au long de l’année, les prix et la cérémonie sont présentés par Marcus (présentateur de diverses émissions de Jeux Vidéos), et M. Phal, de Tric Trac. 
Comme toute cérémonie, il y a des passages obligés, comme la montée sur scène pour un petit discours, de la présidente du palais des festivals. Cette année, le maire de Cannes est également venu faire un discours. Bref, tous les ans, la cérémonie est longuette, mais supportable et le petit pot avant (ou après, selon) permettait de s’en accomoder. Sauf que cette année, point de pot. La cérémonie commencait bien, avec Marcus et M. Phal qui ont dansé la carioca… Et ca a commencé à dégénérer ensuite. L’idée d’organiser un jeu est bonne. Surtout pour mettre en avant le travail artistique d’un illustrateur : le jeu Twin It a été décliné en version « Jeu de Société » spécialement pour le FIJ. Mais le jeu était buggé : les organisateurs n’ont pas pensé qu’avec un parterre et un balcon, les numéros de rang étaient dupliqués. Donc, la pauvre animatrice qui courait déjà dans tous les sens se retrouve à monter et descendre les escaliers en prime… Et rallonge le temps de jeu. 
La cérémonie de cette année était aussi l’occasion de remercier Nadine Seule, organisatrice du festival depuis 30 ans. Elle organisait ainsi sa dernière édition. L’ensemble de la profession a donc souhaité la remercier (ce qui est tout à fait normal!), à travers plusieurs attentions, en commencant par un film de 2 minutes dans lequel de nombreuses personnalités du monde ludique lui disent « Merci ». Moment émouvant, s’il en est. Elle a également reçu une pile monstrueuse de jeux de société (étonnant… :). C’est après que la situation a dégénéré. 
Donc, entre les divers discours des « officiels » cannois, et la présentation des nominés (et les discours interminables de chaque nominé), et la remise des prix, cette cérémonie a duré plus de 2 heures. C’est bien trop long, et surtout morne. Il n’y avait pas de rythme. La salle était aux 3/4 vides dès l’annonce du vainqueur de l’As D’or, ce qui est très dommage car les canadiens de « Es tu Game » avaient préparé une surprise…
https://www.youtube.com/watch?v=dLBw12vLal8
(Ils sont fous, ces canadiens!! )

Que faire en journée au Festival International des Jeux de Cannes ?

D’abord jouer… 300 exposants, c’est presque autant de stands sur lesquels les éditeurs et distributeurs présentent leurs nouveautés. Les tables sont gérées par des animateurs qui vous expliquent les règles. Alors parfois, c’est approximatif et je conseille de toujours relire la règle si vous achetez le jeu. Mais globalement, cela permet de gagner du temps, et 99,99% des animateurs sont au top! 🙂
L’espace est organisé de manière à centraliser les centres d’intéret de chacun. Dans la salle haute, l’ensemble des jeux enfants sont regroupés, et certains éditeurs se dédoublent pour avoir un espace dédié aux enfants avec les autres et ainsi etre visibles. Certains visiteurs (avec enfants par exemple) ne descendent même pas dans le hall principal, où on retrouve tous les autres types de jeux. 
Au vu du nombre de visiteurs, il est possible que toutes les tables soient occupées, toutefois. Dans ce cas, à part démabuler et prendre votre mal en patience, il n’y a rien à faire. 
Sinon, il y a souvent de la place dans le zone « ProtoLab ». Depuis 2 ou 3 ans, le FIJ a décidé de créer un espace dédié aux auteurs de jeux en devenir. Malheureusement mal placé, cet espace reste inconnu du grand public, coincé entre le Grandeur Nature (les joueurs de jeu de role dans les bois… J’en parlerai plus longuement dans un autre article) et les jeux traditionnels (dominos et mah jong en tête). Les heureux élus de cette zone sont soient les gagnants des concours de protos des festivals partenaires (19 festivals, dont des gros comme Paris est Ludique, Ludix, Ludinord, et des petits comme Troadé), soient sélectionnés par le jury du festival. Entre le placement obscur, le manque de communication autour des protos et la présence souvent courte (créneaux de 2H), le retour des auteurs de leur présence au protoLab est décevante en terme de parties tests. Reste le prestige d’avoir participé au protoLab….

Alors évidemment, avec autant de visiteurs « grand public », pas facile d’organiser des rendez vous pour les professionels. Déjà, avec le badge pro, il est possible d’accéder au « Puits de Lumiére », un espace rempli de tables, de chaises et avec un bar permettant de se retrouver de manière informelle loin de l’agitation des halls grands publics…. (Oserais je parler du fait qu’il y a des toilettes aussi dans cet espace et que du coup, elles ne sont pas prises d’assaut ? Meme si les autres toilettes sont toujours très propres, il est fréquent d’y trouver la queue). Editeurs peuvent rencontrer auteurs, ludicaires, etc… Et s’il est besoin de plus d’intimité, il est également possible de louer des salles à la journée, ou pendant la totalité de l’évènement. La discrétion nous impose de ne rien révéler de ce qu’il se passe derrière ces portes….
Les conditions pour acheter un pass « Pro » sont d’etre un professionnel du monde du jeu… 🙂 Ca parait évident, mais ca va mieux en le disant !

Que faire en soirée au Festival International des Jeux de Cannes ?

Incontournables, Les nuits du off sont le rendez vous de tout en chacun à partir de 22H jusqu’à pas d’heure ! Espace géré par le GRAAL (le groupement azuréen des associations ludiques), il permet aux auteurs de venir présenter leur prototypes de manière informelle, de se retrouver autour d’une bière (la buvette est gérée par le réseau des cafés ludiques) ou de toute autre boisson houblonée ou non. C’est un moment priviligié, car extrèmement convivial, mais qui épuise les corps et les esprits ! J’ai pris le parti de ne faire qu’un seul off par festival, pour réussir à tenir jusqu’au dernier jour.
Cette année, le OFF est revenu dans la Rotonde, un espace tout rond et assez vaste, entouré par une immense terrasse. Espace vaste, mais moins que l’espace des années précédentes. Et du coup, le nombre de personnes accueillies à l’intérieur était limité et un système de régulation a vite été mis en place… Devoir attendre une heure avant de pouvoir accéder au OFF est assez frustrant, d’autant que la fenetre pour y entrer est assez courte : entre 22h et minuit… Après minuit, plus d’entrées possibles, uniquement des sorties ! Et les vigiles sont intraitables ! 

Les jeux qui ont fait parler d’eux cette année :

Sneaky cards – Cocktail Games : Le jeu collaboratif avec l’ensemble de l’humanité. Le principe du jeu : chaque carte représente un défi. Enregistrez votre carte dans l’appli, réalisez le défi et suivez votre carte poursuivre son chemin… Le concept est intéressant et permet d’aller vers des inconnus et de faire des rencontres. Toutefois, je reste dubitative sur l’engouement au dela des quelques semaines… A suivre, donc… (Tiens tiens, cela pourrait il faire l’objet d’une carte défi ? )

Twin it – Jeux de société – Cocktail Games – Par Tom Vuarchex, auteur de Jungle Speed : Offert par le Festival de Cannes aux détenteurs d’un pass VIP, cette version spéciale du jeu « Twin It » (principe simple : retourner des cartes sur la table et identifier des paires le plus rapidement possible) a été déclinée spécialement pour le festival par Tom Vuarchex, graphiste de son état. Le twist ? Chaque dessin fait référence à un jeu de société… Et le jeu devient également de trouver à quel jeu la carte fait référence.
J’avoue, j’aime l’idée des graphismes. En pratique, les couleurs me font fondre le cerveau et je suis dans l’impossibilité de jouer… 🙂

Wingspan – Matagot : Indubitablement le hit de ce festival. Simple à expliquer, et proposant de nombreuses options, ce jeu vous propose de découvrir 170 espèces d’oiseaux de l’Amérique du Nord., avec des données rigoureusement scientifiques… Développez votre colonie mieux que les autres pour obtenir la victoire… Tout le monde a parlé de ce jeu, (edit : et le buzz a continué bien après le festival, puisque la communauté des ludistes francophones a eu son lot de photos de parties de wingspan… Reconnaissance s’il en est dans notre petit univers). J’attends toujours de pouvoir le tester pour me faire un avis, mais la hype semble retombée. Après, le jeu étant distribué par Matagot, il est parfois difficilement trouvable en boutique… 🙂

Au final et en conclusion, ce FIJ 2019 a un goût doux-amer. Entre le départ de Nadine (et la passation de pouvoir qui sera surement réussie, mais les joueurs n’aiment pas qu’on change leurs habitudes), la valse à 1000 temps des acteurs du monde du jeu (les éditeurs qui disparaissent, le nombre impressionnants de nouveaux petits éditeurs), et la quantité astronomique de jeux qui continue de sortir, le marché du jeu de société arrive probablement à un palier (oui, je sais, ca fait plusieurs années que ca se dit, mais les ventes commencent à le prouver), et la bulle créée menace de crever. Cette édition a laissé un sentiment de tournant décisif. Rendez vous l’année prochaine pour confirmer (ou non) ce sentiment !